Sources: Livre d’or de la Légion étrangère Du Sud-Oranais au Maroc La protection de notre frontière algérienne nous amènera au Maroc. L'histoire de la Légion étrangère au Maroc, c'est l'histoire même du Maroc depuis le début du siècle dernier. Elle commence dans le Sud-Oranais en 1903, bien que la Légion ait fait parler d'elle dans cette région dès 1900, au moment de l'occupation des Oasis sahariennes. Le 29 décembre 1899, la mission Flamand-Pein faisait son entrée à In-Salah, que lui avait livré la veille le combat d'Igosten. Le 29 décembre 1900, la colonne du colonel Ménestrel quittait El-Goléah pour Timimoun. Cette colonne devait être renforcée par le détachement du colonel Letulle, formé avec les 2ème et 3ème compagnies du 2ème Etranger, en tout 9 officiers et 400 légionnaires. Cette troupe effectua l'audacieuse traversée du Grand Erg Oriental, atteignit à Tabelkoza la colonne Ménestrel et occupa Timimoun le 26 mai. Deux mois plus tard, les deux compagnies rentraient à Géryville par El-Goléah, Ghardaïa, Laghout et Aflou. Elles avaient parcouru 1825 kilomètres en 72 jours. Enfin la troisième colonne aux ordres du colonel Bertrand, commandant le 1ER Etranger, descendit la vallée de la Zousfana jusqu'à Igli où elle parvint le 5 avril 1900. Son but était de couper du Maroc les Oasis sahariennes. Par deux fois, la Compagnie Montée du 2ème Etranger eut à combattre sur un même terrain, en 1900 puis 1903, à El-Moungar. Le second engagement, le 2 septembre 1903,  fut très sérieux et son souvenir demeure à la Légion comme une réplique glorieuse du combat de Camerone. Le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen y trouvèrent la mort. L'événement fit déborder la coupe. Un changement s'imposait. L'arrivée du colonel Lyautey marquera la date de ce changement. Avec patience et fermeté, il préparera la pénétration pacifique vers l'Ouest, prélude de notre intervention directe au Maroc. Dans la large part qui revient à la Légion au cours des campagnes au Maroc, la plus belle palme revient aux Compagnies Montées. C'est un instrument de guerre parfaitement au point. Depuis leur création, pendant l'insurrection de Bou-Amama, elles ont parcouru les vastes étendues du Sud-Oranais, y menant leur ronde incessante, besogne ingrate, silencieuse et souvent sans gloire. 12 à 15 heures de marche par jour, souvent plus. A partir de 1907, le problème marocain va revêtir un caractère d'une importance et d'une gravité sans cesse croissantes. A la frontière d'Oranie la paix est de plus en plus compromise par l'hostilité des tribus marocaines et un gouvernement dont l'autorité défaillante nous contraint à porter notre action vers le centre du pays. Oudjda est occupée sans coup férir en mars 1907, mais l'absence de voies d'accès rend difficile cette pénétration en partant de l'Algérie. Ce fut vraiment le débarquement de Casablanca, le 7 août 1907, qui nous ouvrit la Maroc. Le 6ème bataillon du 1er Etranger eut sa part des premiers combats autour de Casablanca. Le commandant Provost, son chef, fut le premier officier supérieur de Légion tué sur cette terre marocaine. En onze mois, la pacification de la Chaouïa est achevée, trois bataillons de la Légion ont concouru à ces opérations. Pendant ce temps, dans le Maroc oriental, la belliqueuse tribu des Beni Snassen est entourée et réduite par le général Lyautey. Plus au Sud, le 16 avril 1908, le derkaoui Moulay Lhassen ,à la tête d'une harka, attaque dans la cuvette de Menabha une colonne mobile commandée par le colonel Pierron. Les pertes sont lourdes. La 24ème compagnie montée du 1er Etranger, qui voit tomber le lieutenant Coste, et des détachements du 2ème Tirailleurs et d'une compagnie du 2ème Etranger, rétablissent la situation. L'ennemi est poursuivi. Le 14 mai, une nouvelle action à lieu dans la palmeraie de Beni-Ouzien. Le lieutenant Jaeglé y trouvera la mort. La colonne Pierron continue sa marche dans le Haut-Guir. Le poste de Bou-Denib, que nous occupons, est assiégé en août par 20 000 Marocains. Il est débloqué par la colonne Alix. D'autres colonnes eurent lieu en 1909 et 1910. Au Maroc oriental, toute la rive droite de la Moulouya est sous notre domination. L'année 1911est marquée par la marche sur Fès de la colonne du général Moinier. Un bataillon du 2ème Etranger et sa compagnie montée y prennent part (mai-juillet). Le 15 mai, , sur la rive droite de la Moulouya, une compagnie du 6ème bataillon du 1er Etranger livre un violent combat au ksar d'Alouana. Son chef, le capitaine Labordette, est tué. Le 30 mars 1912, le traité établissant notre protectorat est signé. C'est la prétexte que choisissent les tabors marocains pour se révolter. Avec l'appui de la population de Fès, ils massacrent leurs officiers et les résidents européens. Aussitôt, les tribus berbères accourent à la curée. Il est fait appel au général Lyautey, commandant alors le 10ème  Corps d'armée à Rennes, pour rétablir la situation au Maroc. Il établit son PC au centre de Fès. Il dégage la capitale des tribus hostiles et assure l'intégrité de notre ligne d'étapes jusqu'à Meknès et Rabat. Le Régiment de marche du lieutenant-colonel Vandenberg, formé après l'arrivée du bataillon Forey (6ème du 2ème Etranger) venu en renfort d'Algérie, se distingue au cours de ces opérations. En mai 1914, la liaison définitive des forces du Maroc oriental et occidental est réalité. Pendant les quatre années de guerre en Europe, bien que réduite à deux régiments de marche et à deux compagnies montées, la Légion au Maroc sera de toutes les affaires: face aux tribus soulevées par Abd el-Maleck dans le couloir de Taza-Fès, à Khenifra, au percement de la route de Bou-Denib à Meknès ou enfin dans le Moyen-Atlas. Le maréchal Lyautey,  écrira quelques années plus tard: " La Légion a été dans tout mon commandement oranais et marocain, ma troupe, ma plus chère troupe et pendant la guerre de 1914 à 1919, elle a composé ma première force, ma suprême réserve." De 1920 à 1925, le but à atteindre est l'occupation du " Maroc utile ", c'est-à-dire l'occupation des territoires indispensables à la sécurité des régions exploitables. Les années 1920-1921 sont plus spécialement consacrées à la construction des lignes de postes. Au Nord, l'organisation de cette ligne sera due au colonel Colombat. En 1922 et 1923, de gros efforts viseront la réduction de la Tache de Taza. autour de la puissante forteresse naturelle formée par le djebel Tichoukt, la Légion livre les durs combats de Scoura, d'El-Mers, de Bou-Khamoudj, , d'Aït- Maklouf, d'Immouzer et Taghzout. Les bataillons Jenoulet, Barrière, Buschenchutz et Nicolas s'y immortalisent. 1924, c'est le germe de l'attaque rifaine. La Légion n'a encore jamais montré ses baïonnettes face au Rif. Depuis trois ans, Abd el-Krim travaille à la mise au point d'immenses moyens de guerre. Le général Lyautey dénonce péril. En juin, Abd el-Krim tente en vain d'atteindre Taza. Cette attaque est enrayée de justesse à peu de distance de la ville. Deux nouveaux bataillons ont été appelés d'Algérie pour concourir à la lutte. L'un d'eux est le 6ème du 1er Etranger commandé par le commandant Cazaban. En juillet, l'avance rifaine est bloquée. A partir de fin août 1925, le danger étant conjuré, la riposte s'organise. Tous les Régiments de Légion sont représentés dans les troupes d'attaque. Le 8 mai 1926 commence une offensive irrésistible au cours de laquelle s'illustrent spécialement les bataillons du 2ème Etranger. Le 26 mai, vaincu, Abd el-Krim sultan d'Ajdir venait se placer entre les mains du colonel Corap. Le 25 juillet, la Tache de Taza était effacée de la carte du Maroc. Le drapeau français flottait sur ces monts des Beni-Ouaraïn d'où on aperçoit l'Atlantique, la Méditerranée, l'Algérie et le Sahara. De 1927 à 1934, les trois Régiments de Légion et leurs compagnies montées son engagés dans maintes opérations En 1934, l'année de la mort du maréchal Lyautey, il n'y a plus de dissidence. Le Sultan du Maroc régnait désormais sur un immense empire. Il devait cette puissance à la France et à son armée. La Légion, dont le rôle fut si grand au cours de ces trois décades de lutte ininterrompue, mettait pour la première fois l'arme au pied.   Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan