L’Edit royal de 1642, sous Louis XIII, déclarait Madagascar « Bien de la Couronne » Les causes de l’intervention militaire à Madagascar sont dues à la non-exécution du Traité de 1885 qui avait établi un Protectorat français sur l’île. Une dernière tentative de conciliation se heurta aux inacceptables prétentions d’un parti puissant décidé à la guerre.Dès le début de 1895, l’expédition est organisée. Le Corps expéditionnaire est composé de 5 000 soldats aguerris, tous coloniaux ou venant d’Algérie, aucun de France.Le 3 février 1895, la création d’un « Régiment d’Algérie » est décidée. Il se compose d’un bataillon de la Légion étrangère (1er bataillon) et de deux bataillons de tirailleurs algériens (2ème et 3ème bataillons). Le bataillon de Légion est formé à Bel-Abbès par la réunion de deux compagnies du 1er Etranger et de deux du 2ème, sous les ordres du commandant Barre. Effectif: 22 officiers et 818 légionnaires. Le 4 avril, le bataillon embarque à Oran et arrive à Majunga le 23 d’où il gagne Maroway, rejoignant le gros du Régiment d’Algérie qui forme l’avant-garde du Corps expéditionnaire sous les ordres du général Metzinger. Le colonel Oudri, du 2ème Etranger, commande le régiment.Le 4 mai, le général Duchène, ancien de la Légion, commandant en chef, arrive à Majunga. Il est reçu par les rois et les reines Sakalaves de la côte ouest de Madagascar.A l’arrivée de la Légion dans l’île, les forces hovas du Boéni étaient déjà dispersées, ayant abandonné artillerie, munitions, bagages et même la sagaie d’argent du général Ramasombazaha (aussitôt surnommé « Ramasse-ton-bazar ».Les troupes françaises sont réunies, Le Corps expéditionnaire s’ébranle. Premier objectif Andriba.Le 1er juin, le bataillon de Légion bivouaque au camp des « Hauteurs Dénudées » à cent kilomètres de Majunga. Le 6 juin il franchit de vive force la Betsiboka. Les défenseurs hovas chargés de s’y opposer, vivement bousculés, se replient sur Mevatanana, village est enlevé de haute lutte par la 3ème compagnie de Légion et la 40ème bataillon de chasseurs.Le 10 juin, l’avant-garde atteint Suberbieville. La marche en avant est suspendue.Avant de porter ses deux brigades au-delà de Suberbieville, le général Duchène décide d’assurer son autorité et la sécurité des nombreux convois qui vont se croiser continuellement ente Majunga et Suberbieville. Pour pouvoir faire circuler les 5 000 voitures Lefèvre attelées avec des mulets, il fallait créer une route. Travail gigantesque sur cinq cents kilomètres.C’est le 12 juin que le bataillon de Légion commence sa portion de route, entre Beratsnana et la rivière Mandroya. Seules, les attaques de l’ennemi font momentanément abandonner aux légionnaires leurs outils qu’ils ont baptisé « fusil modèle 1895 ».Sous cette latitude, le travail devient pénible. Les tombes jalonnent les étapes. Le 200ème de ligne ne compte plus que 58 hommes, en état de marcher, sur un effectif de 800. Le 40ème bataillon de chasseurs à pieds à disparu de la 1ère brigade, vaincu par la fièvre. La Légion qui a perdu son commandant d’un accès de fièvre, demeure l’unité la plus solide, aussi avait-on coutume de dire dans le Corps expéditionnaire: « Quand un troupier de France entre à l’hôpital c’est pour être rapatrié, un tirailleur c’est pour guérir, un légionnaire c’est pour mourir ». Au moment où il reprend la marche en avant, le bataillon de Légion est commandé par le capitaine Rabaud. Les reconnaissances signalent que les Hovas occupent une ligne de crête au nord d’Andriba. La position a été renforcée par plusieurs ouvrages armés d’artillerie. Attaqués, ces ouvrages sont, comme de coutume, rapidement abandonnés.Les fortifications accumulées autour d’Andriba sont importantes et méritaient une défense plus énergique, La Reine avait pourtant envoyé de Tananarive l’ordre formel de tenir jusqu’à la mort.Le 26 août, la route carrossable a été poussée jusqu’à Andriba. L’effort surhumain demandé aux hommes, trop souvent transformés en terrassiers, doit s’arrêter.Une colonne légère va se constituer aux moyens des éléments les plus résistants de l’effectif. Elle emportera avec elle ses vivres et munitions. Le but du général Duchène et d’arriver le plus tôt possible à Tananarive. Cette colonne fut baptisée « Marche ou crève » par les légionnaires. Elle doit franchir 200 kilomètres. Les hommes portent 140 cartouches chacun. C’est le bataillon de Légion qui fournit le plus fort contingent avec 19 officiers et 330 hommes (sur un effectif de19/458). Le 10 septembre, il reçoit un renfort venant d’Algérie, avec à sa tête le capitaine Brundsaux, portant sur la poitrine la Légion d’honneur et les Médailles du Tonkin et du Dahomey. Deux lieutenants, Tahon et Martin ayant ces deux mêmes Médailles, l’accompagne.La colonne volante se met en marche le 14 septembre.Les ouvrages fortifiés, construit pour défendre les monts Ambohimenas (altitude 1 500 mètres), ne seront d’aucune utilité pour les Hovas qui, pris de panique en voyant la détermination des attaquants, évacuent successivement leurs forts se sauvant à toutes jambes. La route de Tananarive est libre. Il ne reste plus que 90 kilomètres à travers une région relativement facile. L’arrivée, très prochaine, des Français à Tananarive, déclenche la terreur dans la capitale malgache. Le premier ministre constitue en hâte une nouvelle armée de 2 000 hommes, présentée à la Reine par le général Razanakombana, son chef assure qu’elle allait anéantir les ennemis.Le général Duchène attaque la ville le 28 septembre.Ayant beaucoup donné les jours précédents, le bataillon de Légion est en réserve tandis que se prépare l’assaut de Tananarive. A peine l’artillerie a-t*elle ouvert le feu que le grand pavillon hova est amené et remplacé par un drapeau blanc.C’était le 30 septembre 1895 dans l’après-midi, la capitulation du royaume malgache. Le colonel Oudri et la 1ère compagnie de Légion étrangère s’installent dans le palais de la Reine où le drapeau du Régiment d’Algérie est déployé.Le 22 octobre 1895, la Légion étrangère quitte Tananarive pour Majunga où elle arrive le 30 novembre. Le bataillon regagne l’Algérie à la fin de l’année.Le général Duchène dira aux officiers de la Légion au moment de leur départ: « C’est bien à vous, Messieurs, que nous devons d’être ici, et si jamais j’ai l’honneur de commander une expédition nouvelle, je ferai en sorte d’amener avec moi au moins un bataillon de la Légion étrangère ».L’expédition de Madagascar était à peine terminée qu’un insurrection éclatait en Emyrne se propageant bientôt à l’île toute entière. Il fallait reconquérir et pacifier, mission qui fut confiée au général Gallieni. Il demanda aussitôt « l’autorisation d’emmener avec lui 600 hommes de la Légion étrangère, afin de pouvoir, le cas échéant, mourir convenablement ». Ce sont ses propres termes.Un bataillon de marche est formé au mois d’août 1896 par les 1er et 2ème Régiments étrangers. Il débarque à Tamatave en septembre. Pendant plusieurs années, sans trêve ni repos, les légionnaires donnent la chasse aux bandes hovas ou sakalaves, aboutissant à la soumission complète de tribus très diverses, disséminées sur un territoire plus vaste que celui de la France.Absente de Madagascar depuis plus de quarante ans, la Légion y retourne à la suite de la révolte qui éclate dans la Grande Ile le 29 mars 1917. En 1948 la pacification est pratiquement un fait accompli.Au début de 1949, le bataillon est rejoint par un escadron du 2ème régiment étranger de cavalerie et par une compagnie du génie de la Légion. L’ensemble est placé sous le commandement du lieutenant-colonel Royer.A la fin de 1951, les légionnaires bouclent leur barda. La Légion quitte Madagascar pour la seconde fois en moins d’un demi-siècle.Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan