La Tradition des troupes
étrangères au service de la France
|
La tradition des troupes étrangères au service de la France remonte à la période féodale, où les communautés roturières rachetaient leur service d'« arrière-ban » en consentant à des impositions grâce auxquelles les rois constituaient des armées à leur guise. Les hasards du recrutement leur fournissaient alors des nobles ou des roturiers, des Français ou des étrangers. Philippe-Auguste employa régulièrement des étrangers auxquels il imposa d'ailleurs une rude discipline, compensée par des soldes très élevées pour enlever à ces troupes tout prétexte à pillage. Philippe-le-Bel utilisa des arbalétriers génois, réputés pour leur adresse; ses successeurs employèrent des Espagnols et des Allemands. Mais il fallut attendre jusqu'à Charles VII pour voir s'organiser en France une véritable armée permanente. En 1439, la « Pragmatique » créa quinze « compagnies d'ordonnance ». Sur ces quinze, deux étaient écossaises: la compagnie écossaise des gardes du corps » et la « compagnie des gens d'armes écossais ». Les unités e nationales » ne donnant pas toujours satisfaction, pour des motifs divers, les rois se virent obligés de recourir de plus en plus aux mercenaires étrangers. Sous François 1er, ils formaient la plus grande partie de l'infanterie : Suisses, Allemands, Savoyards, Liégois , Piémontais. L'armée de Marignan avait 16.000 étrangers sur 26.000 hommes. Les étrangers s'infiltrèrent peu à peu dans la cavalerie au fur et à mesure que la cavalerie lourde cédait le pas à la cavalerie légère. En 1509, Louis XII avait 400 lances mauresques. En 1568. On joignit à l'infanterie suisse 6.500 cavaliers allemands, italiens ou espagnols. En 1635, Richelieu enrôla des Hongrois et des Lorrains. La même année, il prit à sa solde 16 vieux régiments allemands appartenant au duc Bernard de Saxe-Weimar. Louvois s'efforça de nationaliser davantage notre armée. L'élément étranger diminua et ne dépassa plus alors la proportion d'un sixième de nos contingents. Mais ses successeurs abandonnèrent cette tendance, le nombre des étrangers atteignait 52.000 hommes sous Louis XV. A la veille de la Révolution, nous trouvons dans nos rangs 41.000 étrangers sur un effectif budgétaire de 146.000 hommes. Une mention particulière doit être accordée aux Suisses. Louis XI ayant recouru à leur aide dans sa lutte contre Char les le Téméraire, voulut éviter que ses adversaires ne se servissent pas de ces soldats: il passa donc avec divers cantons suisses des Capitulations qui furent renouvelées par ses successeurs soucieux de conserver des troupes aussi expérimentées que fidèles. Leurs officiers étaient suisses les troupes étalent soumises à des juridictions militaires suisses soucieuses de conserver leur vieille réputation. Les effectifs suisses varièrent : d'abord au nombre de 6.000 hommes, ils furent portés à 20.000 sous Louis XII pour diminuer ensuite. Au moment de la Révolution, l'armée française comprend 11 régiments suisses, soit 11.473 hommes, le régiment des Gardes Suisses soit 2.384 hommes, la compagnie des Cent Suisses et la compagnie de la Garde Ordinaire de M. le Comte d'Artois, soit au total environ 14.000 hommes. Après une réaction initiale opposée aux troupes étrangères, la Révolution dut songer à les utiliser de nouveau car la guerre ne lui laissait pas la possibilité de dédaigner aucun secours. Appelant les «hommes libres » à déserter la cause des tyrans, elle crée le 8 janvier 1792 une « Légion Étrangère » où les engagements sont assortis d'avantages sérieux, supérieurs à ceux offerts aux nationaux français. Le Directoire, à son tour, rappelle les Suisses et passe le 15 août 1798 une Capitulation avec leur pays. Le Consulat agit de même et le 27 septembre 1803, 16.000 Suisses sont pris au service de la France. L' Empire renforça les légions composées d'étrangers et Napoléon dut même en venir, pour soutenir son effort militaire, à la conscription dans les pays occupés par les troupes françaises. Mais ce nouveau moyen d'enrôlement n'offrant que des résultats médiocres, Napoléon licencia peu à peu, à partir de 1810, certains corps étrangers, ne gardant que ceux qui paraissaient attachés à sa fortune : Italiens. Polonais et Suisses. Après la chute de l'Empire, les Bourbons licencièrent tous les étrangers, ne conservant que les Suisses, en raison de leurs services passés sous la Monarchie. Le 16 décembre 1814, la Restauration créa un régiment colonial étranger, afin d'utiliser les Espagnols ou les Portugais qui ne pouvaient rentrer chez eux. Trois régiments étrangers furent en outre conservés et fournirent les 1er, 2ème et 3ème Étrangers. Au retour de l'île d'Elbe, Napoléon rappela les étrangers licenciés, mais Waterloo ne lui laissa pas le temps de les utiliser. Louis XVIII licencia ces huit régiments et une ordonnance du 16 septembre 1815 régla la condition des étrangers qui voulaient entrer dans un corps spécial créé pour les recevoir: ce corps devait s'appeler « Légion royale étrangère ». Il changea de nom en 1816 et devint « Légion Hohenlohe », du nom de son colonel. Le 22 février 1821, cette légion devient le « régiment Hohenlohe » qui sera licencié après la révolution de 1830. Les étrangers du régiment Hohenlohe aidèrent à former le 2lème Régiment d'infanterie légère. Les Suisses, violemment attaqués pendant la Restauration, furent également licenciés et retournèrent en Suisse. Mais, une fois encore, les nécessités d’ordre intérieur et extérieur firent fléchir les principes et, le 10 mars 1831, était promulguée l'ordonnance organisant la Légion Étrangère, dont la loi du 9 mars avait autorisé la création. Le statut de l'époque ne diffère de celui actuellement en vigueur que sur les points suivants: – Les compagnies devaient être constituées d'hommes de même nation ou parlant la même langue. – L'engagement minimum était de 3 ans. Quant à « l'anonymat» légionnaire, il était dès lors prévu puisque le candidat pouvait s'engager sans justifier de son identité. Le premier dépôt fut établi à Langres puis à Bar-Le-Duc.
Source Képi Blanc |
![]()
