Un texte trouvé par hasard. de Michel Tauriac

LE DIABLE ET SON TRAIN BLINDE
La guerre d'Indochine, qui s'est terminée en juillet 1954, a été celle des 
sergents et des capitaines. Le capitaine de la Légion étrangère, 
Joseph-Jean Raphanaud, fut de ceux-là. 
Protégeant les convois ferroviaires avec son train blindé, il a semé la terreur 
chez les adversaires qui l'avaient surnommé " le Diable ".

 
La guerre d'Indochine, qui s'est terminée en juillet 1954, a été celle des sergents et des capitaines. Le capitaine de la Légion étrangère, 
Joseph-Jean Raphanaud, fut de ceux-là. Protégeant les convois ferroviaires avec son train blindé, il a semé la terreur chez les adversaires qui l'avaient 
surnommé " le Diable ".
 
Voici son histoire.
 
Tout le monde le connaît à Rivière-de-Corps, à l'entrée de Troyes, tout le monde connaît ses animaux, son zoo, son parler franc, sa bonne et grande gueule à
la Bigeard. Le père Raphanaud ? Là, vous voyez, les volets rouges, à droite quand on vient de Paris, tout de suite avant le feu rouge. Regardons-le. 
Il faut aller le chercher au fond du jardin. Sa femme l'appelle. Où c'est qu'il est ? Ben, il donne à manger à ses animaux. On s'enfonce dans le jardin. Drôle de
jardin. Une suite de grandes cages grillagées, de volières, avec, dedans, toutes sortes de bêtes à plumes domestiques ou sauvages, et, au milieu de ces 
8 000 mètres carrés, un terrain vague cuirassé d'une terre croûteuse et craquelée, boue cuite, flaques desséchées. Le même sol qu'en Annam quand le soleil 
commence à calcifier la gadoue que les pluies de la mousson diluent comme une soupe chinoise. 
C'est peut-être bien ce qu'il a voulu retrouver ici, Joseph-Jean Raphanaud, « le ma cui », "le Diable", comme l'appelaient les Viêts. Le Diable est aujourd'hui 
un homme paisible de soixante-seize ans qui donne à manger à ses sarcelles, à ses faisans dorés, à ses ibis rouges et à ses perroquets, suivi de ses cinq 
corniauds batifoleurs et de Coco, son dindon rengorgé dans sa prétention. Petit, petit, petit, petit... Combien j'en ai comme ça ? Plusieurs centaines. Ça me 
coûte bien mille francs par semaine de nourriture. (Il pense à sa retraite de colonel et s'esclaffe.) Que voulez-vous, j'ai­me ça. Petit, petit, petit... Il aime 
surtout les faisans argentés et les lophophores à l'aigrette éclatante. Ceux-là, je les ai ramenés d'Indochine. Des œufs dans ma cantine et trois petits que j'ai 
cachés. C'était interdit. 
Il n'a pas rapporté que cela de cette terre lointaine qui lui col­le encore aux semelles. Sur cette mauvaise photo d'amateur, là, sur sa poitrine, à gauche, toutes 
ces barrettes qui forment comme une tapisserie. Vingt-six citations à sa croix de guerre, dont seize à l'ordre de l'armée. Il rit. J'ai tout foutu au feu, 
mes décorations, mes uniformes. Le feu brûle dans ses yeux. 
L'oubli a sauvé les photos. Une pleine boîte en carton. Éparses, mélangées à de vieux papiers et à du sable. Le sable de la mer de Chine. 
Trente ans plus tard, les souvenirs affluent devant les photos jaunies 
En ronchonnant, d'abord, il plonge sa grosse main dans la boîte, puis ses souvenirs reviennent. Et la nostalgie qui dore soudain son regard comme la livrée 
de ses faisans. 
"Ça, c'était en 1948, non en 1949, à moins que ça soit en 1950, on avait tiré un ours à collier le long de la voie ferrée..." Les dates se mélangent, les noms 
ont abandonné les visages que les photos ont conservés sous leur glaçure. 
Pas de danger que le sien s'efface de la mémoire de ceux qui l'ont approché. 
"Comment ignorer sa réputation ? (Général Jacques Sockeel, commandant le secteur de Phan Thiêt, au centre du Viêt-nam, en 1948.) 
Un type exceptionnel, Raphanaud, sergent chez les zouaves en 1931, capitaine de la Légion à trente-six ans, officier de la Légion d'honneur... Aussi, quand il 
m'a été affecté, j'ai tout de suite pensé à lui pour le commandement de ce qui allait s'appeler le train blindé." 
La guerre d'Indochine a déjà deux ans et demi, et, plus encore que les routes, le réseau ferré souffre des sabotages et des attaques de l'adversaire. 
Impossible, depuis longtemps, de joindre Hanoi à Saigon (1 729 kilomètres) par le rail. Une coupure de 489 kilomètres entre Tourane, à 791 kilomètres de 
Hanoi, et Ninh Hoa, sépare en deux réseaux - ceux du centre et du sud du Viêt­nam - cette ligne que le Transindochinois d'avant-guerre parcourait à 
80 kilomètres à l'heure avec son wagon-restaurant et ses couchettes climatisées. 
Fini le temps où les trains circulaient isolément, faiblement protégés et précédés d'une draisine armée. On les groupe en convois sous le nom de "rafales". 
Cinq trains partiellement blindés se suivant à une distance de 200 à 300 mètres de distance, toujours à vue et à vitesse réduite, pas plus de 30 kilomètres à 
l'heure. 
Des militaires spécialisés, les cavaliers du 4ème  dragons portés forment l'escorte de la Rafale. Une automitrailleuse montée sur un wagon plat ouvre la 
marche, une autre, en serre-file, protège les arrières. La radio relie la Rafale aux postes de garde qui jalonnent la ligne - des gares fortifiées, au commandement
des secteurs traversés et à celui de l'aviation. Théoriquement, la Rafale dessert quotidienne­ment, dans chaque sens, la ligne Saigon-Nha Trang 
(420 kilomètres). Mais rares sont les jours où les Viêts n'interrompent pas sa course. Parfois pendant plus d'une semaine, à cause d'un sabotage de voie ou 
d'ouvrage. 
Car, si le système de rafale a accru sensiblement la sécurité du trafic, il a l'inconvénient de laisser, entre les passages des rames, de longues sections de lignes 
inoccupées, à la merci des saboteurs toujours à l'affût. Et ces derniers ont acquis, à présent, maîtrise et moyens modernes. Mines et engins divers de plus en
plus puissants guettent les trains aux endroits névralgiques, déclenchés par percussion, par câble ou télécommande. Déjà endommagés par les 
bombardements alliés contre l'occupant japonais, de nombreux ponts et viaducs métalliques sommairement réparés vont rejoindre en morceaux le fond des 
ravins et des rivières. 
Une embuscade particulièrement meurtrière. 
Le 13 février 1948, une embuscade particulièrement sanglante ébranle définitivement la confiance du commandement du centre du Viêt-nam. Les Viêts se 
sont jetés sur la navette ferroviaire qui relie le port de Phan Thiêt à la ligne Saigon-Nha Trang, après avoir fait diversion sur le poste de Phû Hoi tenu par les 
légionnaires. Seul sur­vivant de la garnison, le tireur au FM tient tête jusqu'au bout aux assaillants. Nguyên Thi Quiêt, la femme d'un légionnaire. De la navette,
il ne reste plus personne. Tous les voyageurs ont été massacrés et quatre légionnaires prisonniers brûlés vifs dans la chaudière de la locomotive. 
Émoi considérable à Phan Thiêt et dans tout le Sud Annam. C'est alors que Jacques Sockeel imagine le train blindé : "Nous voulions pouvoir assurer la 
sécurité sur les axes entre les passages des rafales, porter secours aux trains en cas de besoin, et puis aussi dis­poser d'une base de départ et d'un appui de feu 
important pour nos éléments offensifs d'intervention." 
Déjà à l'origine de la Rafale, le général Lorillot, commandant alors le centre du Viêt-nam (on le voit avec Leclerc, à bord du Missouri, le jour de la capitulation 
du Japon), puis le général Le Pulloch donnent le coup de pouce nécessaire pour que ce train sorte des limbes. Antoine Martin, le directeur des CFI (Chemins 
de fer d'Indochine), confie à Pierre Le Bris, adjoint de Georges Isnard, chargé du trafic et des mouvements des trains à la direction régionale de Nha Trang, 
au centre du Viêt-nam, la mission de mettre au point cette invention, en collaboration avec le capitaine Joseph-Jean Raphanaud, de la Légion étrangère. 
L'alliance de ces deux hommes va donner naissance à cet étrange engin qui demeurera dans l'histoire militaire des chemins de fer. 
Deux hommes qui, curieusement, se connaissent déjà. Pierre Le Bris (ancien de la SNCF, ancien du groupe Jonques de la DGER, en Indochine) : "J'avais fait 
la connaissance de « Raph » chez les zouaves, en Algérie. Il n'avait pas changé. C'était toujours le même homme, dynamique et chaleureux. Nous nous 
mîmes tout de suite au travail, aidés par Reboux, mon adjoint traction à Nha Trang, Rio, chef des ateliers et du dépôt de locomotives de Tour Cham, Nguyên 
Anh Que, notre ingénieur de la voie, et Cornebize, le chef traction de Saigon qui eut la charge de concevoir le matériel tracté et remorqué du train blindé. 
Compte tenu du fait que l'adversaire ne possédait ni aviation ni artillerie lourde, il n'était pas nécessaire de prévoir pour ce train un blindage important. Léger, 
il se déplacerait plus rapidement et créerait la surprise chez les saboteurs au travail. Nous blindâmes donc la cabine de la loco, son tander, sa citerne d'eau 
d'une contenance de six tonnes (ce qui lui assurait une autonomie de 72 heures), tous les postes de tir et le wagon-canon, à l'arrière, mais non le wagon destiné
au logement des cheminots, non plus le wagon couchettes des militaires, non plus la voiture PC et celle de la radio." 
"Ce train blindé, c'était du bricolage de génie" 
Raphanaud approuve. "Le train blindé ne doit pas être une forteresse mais un outil de combat. Le meilleur des blindages, c'est un équipage bien entraîné.
" Et aujourd'hui : "Quand on imagine un train blindé, on voit un grand fourbi revêtu d'acier avec des canons partout. On était loin du compte. Le nôtre, c'était 
du bricolage, rien que du bricolage, mais du bricolage de génie." 
Septembre 1948. Premier coup de sifflet dans le ciel bleu de Nha Trang. Moins de trois mois après le début des travaux. Quatorze wagons tirés par une 
puissante locomotive. Pour la construction, Raphanaud a adjoint aux cheminots et aux sapeurs du 5e génie ses légionnaires du 2 REI, qui doivent former son 
équipage, des Allemands, des anciens de la LVF... A cours de matériel, ils ont découpé les tôles d'un vieux cargo japonais échoué sur une plage voisine, ils ont
coulé des centaines de kilos de quartz à l'intérieur des cloisons. Les tôles ont été soudées plutôt que rivées afin d'éviter les projections meurtrières en cas 
d'explosion. Des trappes ont été aménagées dans les planchers blindés pour permettre une évacuation protégée. 
 
Pour l'armement, Raphanaud a eu également recours à la récupération et à l'imagination : un canon de 40 Bofors sous tourelle, une mitrailleuse Rebel 
jumelée, un mortier de 81 avec frein de canon de 75 antiaérien japonais monté sur un affût pivotant, deux autres 81, leur plaque de base reposant sur une 
couche de latex, et une curieuse bombarde composée d'un faisceau de fusils MAS 36 lançant 8 grenades VB à la fois sous différents angles. 
A ses trente-cinq képis blancs, Raphanaud ajoute une poignée de tirailleurs Rhadés, ces farouches guerriers des hauts plateaux qui vivent à moitié nus et 
détestent les gens des plaines, les Vietnamiens, et des partisans de race cham, une autre minorité, fiers combattants et tout aussi déterminés à "casser du Viêt". 
Et comme interprète, homme de confiance et agent de renseignements, il s'adjoint Boa, un ancien Viêt-Ninh rallié... 
Au total, cent trente hommes à bord, en comptant les coolies chargés de la réparation des voies. Une véritable petite garnison avec ses dortoirs, sa cafétéria, 
son infirmerie... et même son wagon BC. 
On imagine la tête de certains officiers d'état-major collets montés, quand ils découvrent, un beau jour, en gare de Nha Trang, ce curieux mastodonte monté 
par pareil équipage, ayant pour tout uniforme un short et un chapeau de brousse et marchant pieds nus. ("Si on est fait aux pattes, les Viêts vont nous piquer 
nos goods, il faut donc s'habituer à marcher comme ça.") 
 
Pieds nus, en short et chapeau de brousse 
"Il fallait les voir, mes gars, tous des soldats de valeur. (Raphanaud, torse bombé comme s'il les passait en revue.) Chacun d'entre eux connaissait son boulot 
par cœur en cas d'accrochage. Les uns devaient déclencher un feu d'enfer, les autres riper à droite ou à gauche de la voie, avec moi, en tête, assez souvent, 
et rabattre le gibier sur le train. Un sous-off du génie conduisait la loco. On ne roulait jamais à plus de 30 kilomètres à l'heure en prenant toutes les précautions 
pour ne pas caramboler les rafales, car nos déplacements ne figuraient évidemment jamais sur un horaire. Devant la loco, trois guetteurs sur wagon plat 
inspectaient la voie. Un pour chaque rail, l'autre pour le ballast. La nuit, on roulait au pas derrière une patrouille à pied." 
Le train blindé ne roule pas depuis une semaine qu'un traque­nard guette celui que les Viêts ne vont pas tarder à surnommer "le Diable". Entre Sông Luy et 
Châu Hanh, non loin de Muong Man, la gare de triage où se croisent les rafales, la voie passe en tranchée peu profonde. Ils l'attendent là, avec une mine 
télécommandée qui doit pulvériser son wagon. Mais ils ratent leur coup. Elle explose entre ce wagon et celui qui sert de réfectoire. Le train déraille sans trop 
de dommage. Tout de suite après, les Viêts donnent l'assaut. Bien mal leur en prend. Le Diable sert lui-même la mitrailleuse jumelée, tandis que son adjoint, 
l'adjudant Armadei, saute à terre avec son commando et que la fameuse bombarde à grenades démontre pour la première fois sa terrible efficacité. 
Hécatombe chez les Viêts et déroute des quelques survivants. Bao, le rallié, prévient son patron : "Ils t'appellent le ma eux, et ils ont juré de t'avoir." 
Deuxième tentative. Au kilomètre 100, à partir de Nha Trang. Raphanaud et ses hommes étaient justement en train de se féliciter du ralentissement des 
attaques grâce à leur surveillance. 
"Tout à coup, nous tombons les uns sur les autres. Notre mécano vient d'inverser la vapeur. Le train a stoppé dans un crisse­ment à vous casser les oreilles. 
Les guetteurs ont aperçu à la jumelle une bosse de terre sur le ballast. Allons voir ça de près. On y va. Soudain je gueule : « Gaffe ! » Tout le monde à plat 
ventre. Un fil part de la bosse et se perd dans la brousse. Les secondes sont des heures. Mais rien. On se relève en sueur. Il s'agissait de deux obus de 155-
Heureusement, les gars d'en face avaient eu plus peur que nous. 
Soudain, la voie a disparu 
Une autre fois, l'adversaire croit bien avoir pris le ma cui dans une souricière. "Nous roulions dans ce coin pourri situé entre Tour Cham et Muong Man. 
Soudain, devant nous, plus de voies, le vide ! Les Viêts ont balancé 2 kilomètres de rails dans le ravin. Allez, ouste !
 
On fait machine arrière. Mais on apprend qu'après notre passage, tout à l'heure, la voie a disparu de la même façon à quelques kilo­mètres derrière nous. 
Cette fois-ci, je me dis : « Raph », ils t'ont eu comme un bleu, maintenant ils vont te sauter dessus à mille. » Mais ils n'ont pas eu le temps d'ameuter assez 
de monde. Avec tous mes gars nous remontons la voie devant nous en trois jours alors qu'il en faut normalement cinq. Arrivés à Sông Luy, nouvelle tuile. 
Les Viêts ont saboté la pompe à eau de la gare. Notre machine est à sec. Elle a besoin de 3 mètres cubes. Passer la nuit ici, c'est du suicide. Un ruisseau 
coule au fond du ravin. Trois heures durant, on fait la chaîne avec casques et gourdes. Cette fois-ci encore, ils sont allés se rhabiller." 
Semer la terreur. Mais pas seulement sur la voie, frapper l'ennemi chez lui, là où il se sent invulnérable. Discrètement, à l'aube, alors que le train blindé roule 
au pas, Raphanaud sème son monde... 
"Un jour, en grimpant sur une falaise avec des échelles de bambou abandonnées par les Viêts, on tombe sur un camp. Cinquante gars qui buvaient du café, 
qui chantaient. Nous étions huit. Je crie au bluff : « A moi la Légion ! Première section à gauche, deuxième section à droite ! » Ils ont cru qu'on était deux 
cents. Le massacre !" 
 
Quelque temps après, en bordure de la mer, le long de la cor­niche de Ca Na, Raphanaud déjoue encore une fois le piège. En faisant sonder à coups de barre 
à mine le très long pont sur lequel le train blindé s'apprêtait à s'engager. A moitié sciées, les traverses métalliques avaient été rebouchées avec de la terre glaise 
et, repeintes au goudron... Pendant les travaux de réparation du pont, le ma eut lance son commando sur les traces des saboteurs. Des grains de riz perdus par 
un sac l'amènent à un sentier qui descend vers la mer. Soudain, une jonque apparaît, amarrée au rivage. Vingt Viêts déchargent des sacs. Dix-sept tombent 
sous les balles. 
L'ennemi ne se frottera plus jamais au train blindé. Ni à celui­ là, ni aux quatre autres qui seront construits par la suite grâce à l'expérience de Raphanaud, 
et qui permettront aux CFI, avec le système de rafales, de maintenir, jusqu'à la fin de la guerre, en 1954, un trafic régulier sur l'ensemble du réseau ferré 
sud-vietnamien. 
Tout le monde venait admirer de près cet équipage qui - dit l'une de ses citations - "par son audace et son ardeur au combat a toujours dominé un adversaire 
dont il est devenu la terreur". 
Un général anglais a même débarqué, un jour. Très british avec son stick et sa petite moustache blonde. Il guerroyait en Malaisie et n'était pas satisfait du train 
blindé qu'il y avait mis en action. Accompagné du général REI, commandant le centre du Viêt-nam, il tint à s'informer de tout. De l'armement, de 
l'organisation à bord, de la tâche de chaque homme. "Et cette salle des machines dont vous m'avez parlé, demanda-t-il, je peux la visiter ?" Raphanaud hésitait.
Le général REI insista. Derrière la porte du wagon en question, une poignée de joyeux légionnaires honorait des voyageuses clandestines... 
C'était en 1949, non, en 1950, à moins que... La mémoire trahit le Diable. Qu'est-ce que vous voulez que je vous raconte encore ? 
(Soixante-seize ans, Raphanaud ? Allons donc ! Sur cette boue séchée qui ressemble à une rizière assoiffée, le pas est ferme et alerte malgré une légère 
claudication, autre souvenir de guerre.) Vous avez vu ma gazelle, il y avait les mêmes en Indochine. Vous pouvez toujours courir pour l'approcher. 
C'est pas comme mes faisans dorés. Petit, petit, petit, petit... 
Michel Tauriac