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PERSONNAGES ET DECORS C’est pendant le siège de Puebla que se situe l’intervention de la Légion. En effet, celle-ci n’avait pas été prévue dans le corps expéditionnaire des 30 000 hommes. Les officiers subalternes du Régiment Etranger adressèrent en décembre 1862, depuis Sidi-bel-Abbès, et directement à l’Empereur Napoléon III, une pétition lui demandant de ne pas être écartés des opérations militaires au Mexique. Cette démarche qui pourrait paraître surprenante ou insolite, fut couronnée de succès puisqu’elle eut pour conséquence…des sanctions aux plus anciens dans les grades les plus élevés pour non-transmission par voie hierarchique ... et, le 19 janvier 1863, l’ordre au Colonel Jeanningros de se tenir prêt à partir avec 2 bataillons de marche, une compagnie hors rang et la musique du Régiment Etranger, soit 2400 hommes environ… Le 26, ils quittaient Sidi-bel-Abbès … La mission qui leur échut à leur arrivée au Mexique le 25 mars à l’île Sacrificios face à Veracruz, après une escale en Martinique, fut pour eux une déception. Au lieu de l’engagement total et offensif auquel ils s’attendaient, ils furent affectés à partir du 1° avril, à la surveillance de l’ itinéraire allant de Tejeria (aux portes de Veracruz ) à Chiquihuite, sur la piste de Puebla.
Ils furent aussi affectés à la protection de la construction de la voie ferrée et à celle des convois de vivres, armes et munitions alimentant le siège de Puebla. Cela se traduit par 120 km de mauvaises pistes écrasées sous l’implacable soleil des Tierras Calientes ou inondées par les brusques et violents orages tropicaux avec, en prime, les sournoises attaques du paludisme ou de la fièvre jaune, le tristement célèbre vomito negro. Il ne faut pas oublier la présence de bandes de guérilleros fidèles à Juarez, profitant de la moindre faute, ayant une connaissance parfaite de la région, une emprise à ne pas négliger sur la population et une précieuse accoutumance au climat. Voilà les personnages et le décor en place. Le rideau allait pouvoir se lever sur Camerone. Une précision s’impose. Sur l’itinéraire entre Paso del Macho et Paloverde, un petit pueblo, plus précisément quelques masures à demi-ruinées traversées par la piste défoncée, allait jouer un rôle de premier plan. Au milieu d’une végétation rabougrie, grillée par le soleil, voilà Camarón (ex-Temaxcal) dont le nom fut par erreur transformé en Camerone lors d’un rapport français sur les faits qui s’y déroulèrent.
On peut rechercher l’origine de Camarón dans le nom mexicain donné aux crevettes et non aux écrevisses d’eau douce dont le véritable nom est acamayas et que l’on trouve en abondance dans les rios de la région. Plus évidente semble l’analogie avec l’arbuste camarón que l’on rencontre ici et dont la fleur rappelle la forme d’une crevette …
30 AVRIL 1863 Nous savons maintenant que depuis le 1er avril, le R.E s’étire sur 120 km en plusieurs postes ou garnisons. Le PC du Colonel Jeanningros est installé à Chiquihuite, un simple mamelon qui domine cependant à l’ouest, le pueblo d’Atoyac et à l’est la vallée de Paso del Macho s’étendant jusqu’à la côte. Il est parfaitement protégé par de profonds ravins. 29 avril… Le Colonel Jeanningros est avisé que le lendemain un convoi important quittera Soledad pour Puebla. Il sera constitué de pièces d’artillerie à destination du siège de Puebla et transportera 3 millions de francs-or en numéraire. Il décide donc, compte-tenu du caractère exceptionnel du convoi, d’envoyer une patrouille effectuer une reconnaissance de la piste qui sera empruntée, jusqu’à Palo Verde. En effet, il est connu de tous qu’à Veracruz en particulier, les mouvements français sont particulièrement observés. La 3° compagnie du 1° bataillon était de service mais les officiers étant malades, le Capitaine Danjou, Adjudant Major, se propose pour en prendre le commandement. Il sera accompagné du Sous-Lieutenant Maudet porte-drapeau, du Sous-Lieutenant Vilain, payeur et de 62 hommes, Sous-officiers, caporaux et légionnaires.
30 avril… Les historiens, s’appuyant sur des documents français et mexicains et sur les témoignages des survivants, ont retracé avec précision la progression de la compagnie. Il est cependant indispensable d’ajouter que le Capitaine Castaingt et Monsieur Sol la Lande, né à Veracruz et dont le père fut agent consulaire de cette même ville, ont grandement contribué à remplacer des versions fantaisistes du combat par une reconstitution devenue plus authentique. La 3° Compagnie, partie de Chiquihuite à 1 heure du matin et fouillant en vain les abords de la piste pendant sa progression, arriva à 7 heures à Palo Verde. La halte avant le retour, fut mise à profit pour préparer le café. Le point d’eau qui existe encore de nos jours, est une sorte de mare appelée ici « Las tinajas de Palo Verde ». Située à 500 m au-delà de Palo Verde, elle est alimentée par infiltration de l’eau d’un rio proche. Très vite un nuage de poussière est observé en direction de Camaro´n. Le Capitaine Danjou supposa qu’il s’agissait de cavaliers et renversant les gamelles, la compagnie retourna vers le pueblo sous le couvert des taillis. Les cavaliers guérilleros ont disparu mais ils avaient blessé en s’enfuyant, un guetteur légionnaire. Après l’encerclement et la fouille de Camaro´n sans résultat, les légionnaires reprirent leur progression de retour vers Chiquihuite via Paso del Macho et immédiatement se heurtent à des cavaliers mexicains.
FIN DE L’INTERVENTION FRANCAISE
En 1865, Maximillien arrive à Mexico. Homme de bonne volonté, pétri d’idées de réforme mais naïf, il crut qu’il pourrait être le bon Empereur magnanime fidèlement aimé de ses sujets. Son impréparation aux chemins tortueux de la politique mexicaine et à la connaissance de l’âme de ce peuple fait de douceur apparente et de violence contenue, allait lui être fatale. Les troupes du corps expéditionnaire français occupent sous le commandement de Bazaine qui a remplacé Forey, la plus grande partie du territoire mexicain, grand comme plus de trois fois la France. Maximillien prend des mesures de redressement, peu souvent appliquées et jugées trop sociales par les conservateurs qui commencent à regretter leur appui et abandonnent peu à peu l’étranger. En 1865, la guerre de sécession s’étant terminée aux Etats-Unis d’Amérique, ceux-ci soutiennent la cause de Juarez et exigent le départ du corps expéditionnaire français. En 1867, Maximillien que Napoléon commence à son tour à désavouer à cause de l’échec de son projet, de la pression américaine, de l’hostilité des députés et des nuages européens qui s’accumulent, refusa une fuite possible. Le 15 mai, Maximillien est arrêté avec ses fidèles généraux Miramon et Mejia. L’exécution des trois hommes eut lieu le 15 juin de la même année à Querretaro. Maximillien tomba sous les balles comme il avait vécu, peu réaliste mais digne et courageux. C’était l’aboutissement inévitable du départ des troupes françaises. En février 1867, le Régiment Etranger quittait le Mexique à destination de Sidi-bel-Abbès. 31 officiers et 1917 légionnaires avaient laissé leur vie au Mexique.
Napoléon n’avait réussi qu’à rendre à Juarez, réélu Président, un prestige qu’il aurait certainement perdu à la suite des lourdes difficultés financières de 1861…
REFLEXIONS... L’initiative de Napoléon III que l’Histoire désavouera, n’enlève rien aux épreuves endurées par nos légionnaires et au courage qui les anima. Il y eu d’autres Camarón au Mexique et ailleurs mais si CAMERONE est devenu à la fois le symbole et la fête de la Légion, c’est parce que les faits qui se déroulèrent à Camarón furent particulièrement exceptionnels. L’histoire de ce combat devient encore plus passionnante lorsqu’on a le privilège de se trouver sous ce même ciel mexicain, face aux traces de l’«hacienda», que l’on chemine sur ce qu’il reste de la piste de l’époque et que l’on peut méditer sur le lieu même, toujours désertique, où ces 65 hommes n’eurent même pas le temps pour la plupart, de boire leur dernier café… Depuis ce jour, les décennies se sont écoulées et ces lieux ont retrouvé leur paisible et très modeste vie rythmée par les deux saisons tropicales. Mais l’histoire de CAMERONE n’est pas terminée…
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