Sources: Livre d’or de la Légion étrangère et La Légion par Erwan Bergot. Édition du Club France Loisirs 1979.
L’année 1857 se passe en Algérie. Une rébellion a éclaté en Kabylie et les régiments étrangers aux ordres du général de Mac Mahon, sont envoyés pour la réduire. A côté des légionnaires, zouaves et chasseurs, leurs camarades de Malakoff. Un combat marque cette campagne, inscrite au drapeau de la Légion: l’assaut donné au campement du caïd d’Ichéridène, le 24 juin 1857. Un assaut mené contre toutes les règles stratégiques: de bas en haut, à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil. 1859 c’est l’Italie. Le congrès de Paris, qui fait suite à la guerre de Crimée, contient en germe l’intervention de la France en faveur de l’Unité italienne.  Cette expédition, bien que prévue depuis des mois, commence en avril 1859  avec une Armée française dont la préparation était à peine ébauchée. Napoléon III se mit à la tête des troupes sans trop se préoccuper des représentations de plusieurs généraux à propos de l’inorganisation de certains secteurs essentiels tels que les Services de Santé et de l’Intendance. On faisait fond sur le nouveau canon rayé mis au point par le colonel Favé et par l’Empereur lui-même, ainsi que sur les conseils du général suisse Jomini et de M. Thiers. L’élan de l’Armée suppléa à l’insuffisance des grands chefs, tous certes de vaillants soldats, mais inaptes à la conduite des grandes armées, rôle auquel les campagnes d’Afrique ne les avaient pas préparés. Le général Pélissier, vainqueur de Malakoff, en fut écarté. Au printemps de 1859, le 1er régiment étranger compte à peine 600 hommes, en majorité de jeunes légionnaires d’origine suisse. Le contraste avec le 2eme Etranger était grand, régiment formé avec les éléments de la Brigade Étrangère de la campagne d’Orient, ayant prouvée sa valeur à Sébastopol. Les deux régiments formèrent avec le 2eme zouave, la 2eme Brigade (général Castagny) de la 2eme Division (général Espinasse) du 2eme Corps, celui de Mac Mahon. Les Français marchent sur Magenta, à travers vignes et jardins. Un terrain, coupé de fossés, propre à décourager un cheval d’obstacles où les vues sont limitées et les charges de cavalerie quasi impossibles. Telles son les plaines lombardes. En tête du 2eme Etranger, le colonel de Chabrières et son adjoint Martinez, qui a revêtu la tunique à épaulettes de la grande tenue porte le képi garance à bandeau bleu, la veste bleue est sur le sac. A sa gauche le 1er Etranger , commandé par le colonel de Brayer, en képi garance à bandeau vert, veste verte repliée sur le sac. Le 4 juin Magenta est en vue. Les uniformes blancs des Autrichiens apparaissent. La 1ere compagnie de voltigeurs du 1er Etranger, capitaine Rambert, est la première à entrer en contact de l’ennemi. Le colonel de Chabrières n’hésite pas un instant et le commandement: « Sacs à terre! En avant la Légion! » retentit au 2eme Etranger. Baïonnette basse, les légionnaires s’élancent au pas de course et bien que l’ordre ne puisse être maintenu dans ce terrain si peu propice aux déploiements, les compagnies roulent comme une trombe sur les Autrichiens qui commencent à battre en retraite au pas accéléré. Les pertes de notre côté son sévères. Le colonel de Chabrières est tué au début de la charge. Le colonel de Brayer le remplace et prend le commandement des deux régiments. Malgré les efforts des troupes, le village de Magenta est resté au pouvoir de l’ennemi. Les chasseurs tyroliens se sont distingués pour sa défense. Par deux fois encore,  la Légion exécute une charge, en particulier le 3eme bataillon du 2eme Etranger, elle parvient à peine aux premières maisons de Magenta tant la résistance de l’ennemi est opiniâtre. Dans l’acharnement de la lutte, l’Aigle du 2eme Etranger, prise dans les remous du corps à corps, est en danger. Les légionnaires composant sa garde sont tour à tour frappés.  Seul le porte-Aigle maintient le Drapeau. Apercevant un clairon, il lui crie de sonner « Au drapeau ». L’emblème est enfin dégagé par des zouaves du 2eme Régiment. L’artillerie française couvre le village et une nouvelle attaque à lieu à 7h30. Les hurrah, les cris « En avant! » retentissaient. Zouaves et légionnaires se précipitent. Ni le canon, ni la fusillade des Autrichiens ne les arrêtèrent et ce torrent roulant vers Magenta emporta tout. Les légionnaires du lieutenant-colonel Martinez réglaient le mouvement, maintenus en rangs serrés par sa terrible poigne. Le capitaine d’Astis y trouvera la mort ainsi que le général Espinasse. La lutte se poursuivit dans Magenta jusqu’à 9h du soir. Le général Mac Mahon, avec son sens inné de l’à propos s’écria: « La Légion est à Magenta. L’affaire est dans le sac! ». Magenta aura coûté aux deux régiments de Légion confondus, 14 officiers et 294 sous-officiers et légionnaires. Le 7 juin, le 2eme Corps fait son entrée dans Milan. Le 1er Etranger tient garnison à Milan et le 7 août, il embarque à Gêne pour rejoindre la Corse. Le 2eme Etranger participe à la poursuite de l’Armée autrichienne. Le 24 juin, la 2eme Brigade (2eme zouaves et 2eme Etranger) forment l’avant-garde du Corps d’armée. A 4h du matin, elle se heurte, à deux kilomètres à peine de Castiglione, à une forte colonne autrichienne. De leur côté, les 1er et 4eme Corps sont engagés en direction de Solférino, luttant contre des forces supérieures en nombre. Il faut les dégager. Le général de Mac Mahon se porte sur l’ennemi. Le combat devient sérieux. Les charges succèdent aux charges et les hauteurs de Cavriano sont conquises et reperdues plusieurs fois. L’enjeu est la fameuse tour de Solférino, la « Spia d’Italia ». L’empereur Napoléon III, arrivé sur le champ de bataille vers midi, amène bien à point de nouvelles divisions. L’équilibre se rétablit entre l’Armée franco-sarde et l’Armée autrichienne . Les zouaves et la Légion s’emparent de Cassiano. La victoire de Solférino décidait du sort de la campagne. Le 7 juillet un armistice est conclu. Le 2eme Etranger quitte l’Italie et arrive à Paris le 8 août. Le 14, le Régiment défile devant les parisiens avec à sa tête le colonel Signorino, successeur du colonel de Chabrières. Ce défilé de l’Armée d’Italie fut une des grandes manifestations du Second Empire. Le 19 août 1859, le 2eme régiment étranger embarquait à Toulon sur le Panama et débarquait à Mers-el-Kébir pour regagner Sidi-bel-Abbès. Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan