Sources:Livre d’or de la Légion étrangère et la Légion par Erwan Bergot
La guerre civile déchire l’Espagne. Afin d'aider Isabelle II opposée à son oncle don Carlos, Adolphe Thiers, alors ministre de l'Intérieur, réussit à convaincre le Gouvernement d'envoyer la Légion étrangère en Espagne, sous les ordres du colonel Bernelle, qui devient maréchal de camp des Armées royales d’Espagne.Deux jours plus tard, le 8 juin 1835, Louis-Philippe donne son accord et la Légion étrangère est cédée le 28 du même mois. Par ordonnance royale, la Légion ne fait plus partie de l'armée française. La Légion devra remettre son drapeau et les officiers quitter la cocarde tricolore.La Légion, forte d’environ 5 000 hommes, débarque à Tarragone le 19 août 1835. Un long cortège d’atrocités devait accompagner la Légion au cours de ces quatre années espagnoles. A la sauvagerie, la Légion répondit par la fermeté. A la traitrise, par le courage. Au nombre, elle opposa la discipline. Il faut dire, qu’elle sut aussi appliquer le dicton biblique « pour un œil, les deux yeux ». Dès les premiers combats, d’août à décembre 1835, en Catalogne et en Aragon, la Légion se fait remarquer.A partir de 1836, la guerre carliste prend un caractère de férocité qui la rend plus terrible. De part et d’autre on ne fait pas de quartier, les prisonniers sont fusillés.Insaisissables, les troupes carlistes garde l’initiative par la guérilla. La Légion opère dans la Navarre contre les lignes de l’Arlaban, elle enlève la droite des positions ennemies aux applaudissements de l’Armée royale et du général Cordoba, son chef. Celui-ci harangue ses bataillons, en leur disant: « Soldats, vous allez combattre devant la Légion étrangère française et montrer comment vainquent ou meurent les Espagnols ».Le mauvais temps ayant interrompu les opérations, le général Bernelle, en mars 1836, organise trois escadrons de lanciers polonais, une batterie d’obusiers, une compagnie du génie et une de brancardiers et d’infirmiers chargées de soustraire les blessés de la Légion aux cruautés carlistes.En avril, les combats reprennent avec la même opiniâtreté. L’affaire de Tirapegui fut la plus brillante de cette campagne (26 avril) puis le 1° août, celle de Zubiri où les lanciers polonais et l’artillerie de la Légion font merveille.Cependant, les effectifs de la Légion se réduisent chaque jour car, depuis le début de la campagne, elle subit de lourdes pertes. De plus, le Gouvernement espagnol ne reconnaît pas comme il le devrait les services rendus à sa cause par cette troupe d’élite: la solde est impayée, les vivres font trop souvent défaut, l’habillement n’est pas renouvelé.Le général Bernelle, démissionnaire, rentre en France après avoir transmis son commandement au colonel Lebeau qui, presque aussitôt, le passe au colonel Conrad, commandant en second de la Légion depuis son arrivée en Espagne.Le colonel Conrad, maréchal de camp à titre espagnol, est tué à la tête de ses troupes au combat de Barbastro le 02 juin 1837. Le hasard de ce combat placent la Légion étrangère française face à la Légion étrangère carliste. Les deux Corps se livrent un terrible combat. « Les soldats se reconnaissaient, se parlaient, et d’anciens camarades de lit se déchiraient les entrailles à coup de baïonnette».Pendant cette longue et pénible campagne d’Espagne, la Légion étrangère écrivit les pages les plus douloureuses de son Histoire. Elle s’y montra digne de la renommée déjà acquise en Algérie, forçant à nouveau l’admiration de tous, par sa bravoure. Jusqu’à ses dernières forces, elle fut fidèle au serment prêté.Cantonnés dans Pampelune, sans vivres et sans solde, les restes de la Légion durent attendre jusqu’en décembre 1838 pour voir se terminer leurs souffrances.L’Ordonnance royale espagnole du 8 décembre 1838 licenciait la Légion qui rentrait en France en 1839. Il ne restait que 500 légionnaires.