Sources:Livre d’or de la Légion étrangère et La Légion par Erwan Bergot.
Le rôle de la Légion en 1870-1871, au cours des derniers mois de ce qu’on appela l’Année Terrible, est peu connu. Et pourtant! Aux deux bataillons de marche formés en Algérie et arrivés à Bourges le 13 octobre 1870 (les légionnaires d’origine allemande ne sont pas du voyage), s’était joint un troisième formé hâtivement à Tours fin août, portant la désignation de 5ème bataillon de la Légion suite à un décret signé par l’impératrice Eugénie le 22 août.Un curieux bataillon que ce 5ème, même pas habitué au feu, même pas recuit sous le soleil d’Afrique et commandé par le chef de bataillon Arago. Autrichiens, Suisses, Belges, Valaques, Espagnols, Italiens et Polonais forment ses huit compagnies. Parmi eux, cinq officiers à titre étranger dont le prince serbe Karageorgevitch, connu sous le nom de Kara Georges, le futur roi Pierre Ier de Serbie.Le 10 octobre, le bataillon s’illustre à Arthenay, à trente kilomètres au nord d’Orléans. Son chef y trouvera la mort le 11 octobre à cinq heure du matin.Les légionnaires multiplient les « prodiges de dextérité et d’audace » au cours de la défense de Bel-Air-les-Aides et de la lutte qui se poursuivit dans le faubourg Bannier. A la nuit, les éléments encerclés du bataillon refusent de se rendre. Au matin du 12 octobre, le 5ème bataillon a vécu, il a perdu les deux tiers de son effectif. Il a pourtant emporté l’admiration de l’ennemi. Le général von der Thann dira « Si les Français s’étaient battus à Sedan comme ici, jamais nous ne serions arrivés à Orléans ». Bavarois et Prussiens se donnent la main au-dessus des cadavres des légionnaires.Au cours des combats, le 5ème bataillon du Régiment étranger a perdu, avec le commandant Arago, six officiers: le capitaine Charnaux, les sous-lieutenants Kaczkowski, Fay, Yung de Cristofeu et Kurnevitch. Six autres purent traverser les lignes ennemies dont le sous-lieutenant Kara.Le 9 novembre, le Régiment étranger prend part à la victoire de Coulmiers et à la reprise d’Orléans. Le capitaine prussien Milson de Botte, officier de l’état-major du prince Frédéric-Charles, qui avait fait l’expédition du Mexique dans les rangs de la Légion, « s’enorgueillit lui-même de la solidité de son ancien Corps » impassible sous le feu de l’artillerie. Mais ces succès sont sans lendemain.C’est de nouveau la retraite, sous la neige, la déprimante retraite avec de temps à autres de brusques sursauts dont la charge à la baïonnette de Cercottes-Chevilly, le 4 décembre. Le 11 décembre le régiment cantonne à la Chapelle-Saint-Ursin où il incorpore deux mille soldats supplémentaires du 39ème de Ligne, des Bretons parlant à peine le français, combattant avec leurs étendards noir et blanc. Quelques jours auparavant, ils étaient encore parqués, misérables, hagards, à demi mort de froid et de faim. Au contact des vétérans du Mexique et d’Afrique, les « étrangers de l’ouest » feront aussi bien que leurs camarades les « étrangers de l’est ».Le régiment est envoyé à l’Armée de l’Est où il se distingue le 14 janvier 1871. Le général Peytavin dira « La Légion vient de faire à elle seule la besogne d’une division entière ».Enfin, avec le 39ème de Ligne, son compagnon de misère, devant Besançon, le Régiment étranger apprend la conclusion de la paix.A partir du 7 avril, le Régiment étranger et le 39ème de Ligne sont envoyés se battre contre la Commune de Paris. « Ce n’est pas là besogne de légionnaires et nous passerons sous silence ce triste épisode », est-il écrit dans le Livre d’or de la Légion étrangère.Le 27 mai, la Légion plante le drapeau tricolore sur les Buttes-Chaumont.Le mois suivant les rescapés du Régiment étranger regagnent l’Algérie. A la gare de Sidi bel-Abbès la musique est là. Les Allemands de la Légion ont maintenus les traditions.Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan