Sources:Livre d’or de la Légion étrangère et Le 1er Etranger de Philippe Cart-Tanneur et de Tibor Szecsko (1986)
Une convention bilatérale signée en 1868 assure à la France la liberté commerciale et reconnaît son autorité sur le royaume de Porto-Novo. Mais, bientôt, le roi du Dahomey, Glé-Glé, déclare nuls les accords, réclame le départ des Français et interdit la navigation de leurs navires sur les eaux fluviales.Son successeur, Béhanzin (le calembour est facile: il set surnommé « Bec-en-zinc », dès son accession au trône du Dahomey, multiplie les actes d’hostilités et la situation s’aggrave. Les comptoirs français de Porto-Novo et de Cotonou sont mis en état d’alerte et attendent des renforts.En 1892, l’expédition du Dahomey est décidée. La conduite des opérations est confié au colonel Dodds et la Légion fournit un bataillon de 800 hommes formé d’éléments puisés par fractions égales dans les deux Régiments étrangers et placé sous les ordres du Commandant Faurax.Le territoire dahoméen est bien protégé par la nature. Son sol est presque entièrement par des forêts dont les arbres forment un véritable dôme de verdure, impénétrable au rayons du soleil. Une seconde défense naturelle couvrant la capitale « Abomey », objectif de l’expédition,est représentée par d’immenses marécages situés au sud. Les maladies qu’ils provoquent sont plus dangereuses pour les soldats que les forces ennemies.Béhanzin dispose d’environ 12 à 15 000 Guerriers pourvus aussi bien d’armes primitives que de fusils à tir rapide. Parmi ces guerriers figure un corps de femmes de guerre, les « Agoledjies » appelées improprement Amazones. Le recrutement de cette garde s’opère parmi les jeunes filles dont la beauté n’est pas suffisante pour leur permettre d’accéder aux harems royaux. Au nombre de 2 000, ces guerrières constituent les troupes d’élites de Béhanzin. Elles accompliront des prodiges de bravoure. Nos troupes ne rencontreront pas d’adversaires plus redoutables pendant cette campagne.Dogba et la mort du commandant FauraxLe bataillon de Légion débarque à Cotonou le 26 août 1892. Forte de 4 000 hommes, la colonne expéditionnaire se met en marche quatre jours plus tard, se dirigeant sur Abomey en longeant d’abord la rivière Ouémé pendant cent kilomètres, coupant ensuite à travers la brousse ou la forêt par Koussoupa, Akpa, Caba et Gbédé.La marche est lente, exténuante et chaque soir le carré est formé. Des tranchées sont creusées afin de repousser toute attaque.Le 19 septembre, à Dogba, celle-ci se produit, très violente. La colonne est attaquée par 4 000 Dahoméens conduits un frère du roi Béhanzin. Le carré formé par les légionnaires reçoit un rude choc, un moment submergés par la masse ennemie, ils se replient sur le camp. L’attaque prend aussitôt un caractère d’extrême violence. Le combat dure deux heures. Les chefs dahoméens enlèvent leurs hommes et leurs femmes aux cris de « En avant! En avant! vous avez promis à votre roi de les manger ». Mais finalement, deux compagnies de Légion dirigées par le commandant Faurax repoussent l’attaque.Le Dahoméens découragés tentent encore quelques retours offensifs mais sans succès.Les pertes de la colonne furent de quarante cinq tués dont le commandant Faurax. La Légion compte soixante blessés. Aux abords du bivouac gisaient 832 morts ennemis aussitôt incinérés.Deux semaines plus tard, le 4 octobre, le combat de Poguessa coûte encore de nombreux morts et blessés aux compagnies de Légion qui, venues en tête de colonne pour porter secours aux tirailleurs, ont du mal à contenir les terribles « Amazones ».Jusqu’au 25 octobre, le colonel Dodds fait marquer un temps d’arrêt à sa colonne. Recevant des renforts, il la réorganise. Elle n’atteint Abomey que le 17 novembre, après une marche à travers la brousse épaisse, harcelée sans cesse par des guerriers acharnés. Béhanzin abandonne sa capital en flammes. C’était aussi la fin, pour des dizaines de milliers de noirs, d’une ère de massacres et d’esclavage.Mais le roi déchu, qui avait pris la fuite vers le nord avec quelques dignitaires, s’était réfugié dans le Haut-Pays, aux environs d’Atéhéribé et restait une menace inacceptable. Cerné, abandonné par les siens, craignant la juste mes terribles vengeance de ses anciens sujets opprimés, Béhanzin se résigne, fin janvier 1894, à se livrer à ses vainqueurs. Le 5 février, la France l’informait qu’elle lui faisait grâce de la vie et se contentait de l’exiler en Martinique. Il y mourut en 1906. Lors de cette expédition, toutes les troupes du Corps expéditionnaire avaient rivalisé de bravoure mais, de l’avis de tous, c’était la Légion Étrangère qui avait contribué pour la plus large part à son succès.Le général Dodds saura s’en souvenir quand, quelques années plus tard, il présentera au gouverneur de l’Indochine la garnison de Pnom-Penh:« Voici la Légion, troupe sur laquelle vous pouvez compter en toutes circonstances. Sans elle, je n’aurais jamais pu mener à bien l’expédition du Dahomey ». Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan