Sources: Livre d’or de la Légion étrangère et La Légion par Erwan Bergot. Édition du Club France Loisirs 1979.
Tout a commencé un jour de juillet 1854. La France et l’Angleterre ayant décidé dans découdre avec les armées du tsar sous un prétexte futile: le massacre de la flotte turque à Sinope. Comme pour toute campagne, on a constitué à Sidi-bel-Abbès deux régiments de marche dont sont naturellement exclus les Russes. Débarqués à Gallipoli en juillet 1854, les deux régiments réunis forment la « Brigade Étrangère », sous les ordres du Général Carbuccia. Le débarquement n’est pas encore terminé que la choléra fait son apparition. Plus aguerris que les régiments venus de France, la Légion éprouve moins de pertes. Cependant le général Carbuccia, le lieutenant-colonel Sarrauton du 2eme Régiment, 4 officier, 175 sous-officiers et légionnaires succombent à ce fléau. Deux mois plus tard les Français se mettent en campagne.  Un bataillon de marche composé des compagnies d’élite des deux régiments, placé sous les ordres du commandant Nayral, s’embarque le 1er septembre à Varna pour le nouveau théâtre d’opérations. Il fait partie de la division Canrobert. Le 20 septembre ils aperçoivent les Russes: quarante milles hommes, retranchés de l’autre côté d’une rivière dont le nom deviendra célèbre et désignera un pont de Paris: l’Alma. A l’Alma, Français et Anglais remportèrent la victoire sur l’Armée du prince Menchnikov au moyen de procédés tactiques complètement opposés. D’un côté, les Russes se refusent à quitter leurs retranchements. De l’autre , sur fond musical de bag-pipe et de clairons, l’armée anglaise de lord Raglan, avançait comme à la parade en rangs impeccables et, au milieu, dans un désordre total, les Français, instruits aux guerres d’Algérie, se ruaient par unités séparées vers lignes ennemies. Canrobert, un homme d’ordre que la pagaille effraie, parcourt le champ de bataille, cherchant un semblant de régiment entier auquel donner ses directives Il voit la Légion, soupire d’aise. A la bonheur souffle t-il. Servez d’exemple aux autres braves légionnaires! Injustice du sort, ce sera pour les Français, le zouave de l’Alma qui restera dans l’Histoire. Pour les Français, ce fut une victoire de l’Armée d’Afrique. C’est une victoire extraordinaire, estiment les manuels d’histoire. Pudique, la Légion se borne à mentionner cette bataille au nombre de ses faits d’armes. Le plateau de Chersonèse Le bataillon d’élite ayant commencé le siège de Sébastopol (terme impropre car, la garnison russe ne cessa jamais de recevoir des renforts), est rejoint en octobre 1854 par les deux régiments dans lesquels il se fond. Campés vers le fond de la baie de Strelitzka, les régiments de Légion (colonels Vienot et de Caprez) forment une brigade comptant la 5eme Division. Le 5 novembre, appuyant l’action de leur armée de campagne engagée à Inkermann, les Russes attaquent violemment sur toute la ligne. Les compagnies du 1er Etranger, d’abord submergées, réussissent à contenir l’ennemi, puis à le rejeter dans ses retranchements. Après la bataille d’Inkermann et le cyclone du 14 novembre qui ravage le plateau de Chersonèse, le rude hiver s’installe. L’arrière des lignes n’est que marécage. Les troupes sont mal équipées contre le froid. Les peaux de moutons et les criméennes (capotes amples avec collet et capuchon) n’arriveront de France que très tard, Le bois se raréfie rapidement et l’ingéniosité des hommes doit suppléer à l’absence des moyens. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1855, les Russes tentent une sortie contre la tranchée de la Quarantaine. Les « ventres de cuir », nom donné par les Russes aux légionnaires, résistent brillamment. De semblables attaques se répéteront fréquemment, de part et d’autre. A partir de fin avril 1855, l’initiative de l’action à Sébastopol appartient aux Alliés. Le 1er mai, la Légion sort de ses trous. Par une suite de vigoureuses offensives, les ouvrages établis par les Russes, à l’extérieur, sont enlevés les uns après les autres. Les Russes sont bousculés jusqu’à la redoute de Schwartz et rejetés dans l’enceinte principale de la place. Dans la furieuse mêlée, ce fut, d’homme à homme, le combat singulier. Le colonel Vienot, commandant le 1er Régiment, tombe au milieu de ses hommes, mortellement blessé. Le clairon Wanderput tua un major russe au moment où celui-ci ajustait le lieutenant de Choulot, le capitaine adjudant Delebecque lutta contre deux officiers ennemis, le voltigeur Saumweber, vieux légionnaire chevalier de la Légion d’honneur et le capitaine Motchewski, polonais de l’ancienne Légion étrangère (ente autres), furent tués. Le 22 et 23 mai, l’ardente lutte reprend. Puis le général Pélissier, commandant en chef, concentre ses efforts sur Malakoff, clef de Sébastopol. Le 7 juin, les Ouvrages blancs sont enlevés, mais l’assaut donné à Malakoff et au Grand Redan est repoussé. L’attaque est reprise le 8 septembre. L’ouvrage de Malakoff est enlevé au cours d’une lutte homérique. Les efforts des Russes pour reprendre Malakoff sont vains. L’ennemi cesse ses contre-attaques et se retire vers Sébastopol. Pendant la nuit, après avoir allumé de nombreux incendies et brûlé ce qui restait de leur flotte, les Russes évacuent la ville. Dès le lendemain, elle est occupée par la Brigade Légion. Le général Bazaine en est nommé commandant supérieur. La brigade prend ses quartiers d’hiver devant Sébastopol. En avril 1856, un mois après la conclusion de l’armistice, elle apprend que tous les étrangers ayant fait la campagne de Crimée et qui demanderaient à servir dans un régiment français, seraient naturalisés. En juillet et après deux ans d’absence et leur première campagne de guerre en Europe, après avoir reçu à Kamiesh, les Croix du Medjidié que le Sultan de Turquie leur accorde, les légionnaires débarquent à Mers-el-Kébir. A leur arrivée à Bel-Abbès, les deux régiments sont dissous pour constituer le nouveau 2eme régiment étranger, sous les ordres du colonel de Chabrières. Copyright 2011 le fanion vert et rouge. Tous droits réservés. Concepteur J-Yves Morvan Auteur xxx